Musée des Beaux-Arts

La Vierge, l'Enfant, sainte Agnès et saint Jean Baptiste

 

Déposée en 1946 par le musée du Louvre au musée des Beaux-Arts de Dijon, cette toile a fait partie des collections de Louis XIV, grand collectionneur de peintures italiennes. Au cours d'une conférence donnée devant l'Académie de peinture et de sculpture en 1671, Philippe de Champaigne décrit cette œuvre et loue « l'éclat des carnations », le paysage « extraordinairement beau », et la « surprenante qualité du charmant pinceau de Titien ». Si ce dernier a peint de nombreuses Saintes Conversations - un thème fréquent dans la peinture religieuse, regroupant quelques saints et saintes autour de la Vierge à l'Enfant -, il renouvelle ici le sujet en laissant la Vierge excentrée à droite et en plaçant la figure de sainte Agnès au centre de la composition. Sainte Agnès porte la palme de son martyre de la main gauche, et pose la main droite sur la tête d'un agneau que semble retenir le petit saint Jean Baptiste. Symbole de pureté et voué au sacrifice, l'agneau préfigure ici le sacrifice du Christ. L’œuvre accorde une large place aux regards, qui structurent la composition : les deux saints regardent en effet en direction de l'Enfant Jésus, enlacé par sa mère, dont le regard semble perdu dans le vague. La composition décentrée suit également une ligne diagonale qui, partant de saint Jean Baptiste à gauche, conduit le regard du spectateur vers la Vierge à l'Enfant.

 

(c) musée des Beaux-Arts de Dijon/François Jay

 

Le cadre architectural classique s'ouvre largement sur un paysage en arrière-plan. Cette scène à la signification élaborée traite donc du péché et de la rédemption promise aux fidèles. Des allusions allégoriques sont en effet perceptibles : le sacrifice du Christ est évoqué par l'agneau et la pomme que l'Enfant a dans la main, le petit lézard en bas à droite évoque la cécité spirituelle guérie par la quête de la vraie lumière, l'animal passant pour recouvrer la vue en fixant les rayons du soleil.

La noblesse et la grâce des figures féminines, la justesse d'observation des enfants, la richesse de la gamme chromatique et la poésie du paysage renvoient aux créations de Titien de la fin des années 1520, au moment où il s'est affranchi des leçons de Giorgione ou de Bellini pour élaborer un style personnel, à la recherche d'une beauté majestueuse et sereine.

Infos pratiques

Titien

(Pieve di Cadore, vers 1488 – Venise, 1576)

La Vierge, l'Enfant, sainte Agnès et saint Jean Baptiste

2ème moitié du XVIe siècle

Huile sur toile

H. 128 cm ; L. 161 cm

Dépôt du musée du Louvre, 1946

Inv. D 3744