Musée des Beaux-Arts

Vénus endormie

Motif récurrent de la peinture occidentale, la représentation d’une femme nue allongée est déclinée par l’artiste d’origine néerlandaise Dirk de Quade van Ravesteyn en une subtile composition qui laisse néanmoins planer le doute sur son interprétation. De récentes analyses radiographiques ont en effet dévoilé la présence d’une pluie d’or qui pourrait évoquer la figure de Danaé. Le prétexte mythologique de la nudité semble néanmoins absent dans cette œuvre, contrairement aux modèles dont a pu s’inspirer l’artiste : on pense en particulier à la Vénus d’Urbino de Titien (1538). Une jeune femme à la peu laiteuse, juste parée de bijoux, s’abandonne lascivement sur un lit richement garni ; la pose provocante du corps et la position de la tête soutenue par la main droite contredisent l’évocation du sommeil que laissent suggérer les yeux fermés. L’ambiguïté de la représentation est perceptible, tout comme dans le pendant de l’œuvre, conservé au Kunsthistorisches Museum de Vienne, le modèle semblant plutôt inviter le spectateur à partager sa couche. L’attention est attirée par les somptueux bijoux de la jeune femme : collier, pendentifs, bracelets d’or ornés de perles ou de pierreries, et surtout le magnifique joyau formé de médaillons sertis de perles, de saphirs et de rubis, que l’on retrouve sur le tableau de Vienne.

© musée des Beaux-Arts de Dijon/François Jay

 

L’artiste fait preuve d’une grande maîtrise de la composition en ouvrant l’arrière-plan sur un paysage en haut à droite, mais également d’une belle habileté dans le rendu des matières, bijoux et textiles, l’ensemble étant traité dans une palette sobre mais étudiée. Le magnifique rideau vert, la couverture rouge et les coussins brodés viennent en effet mettre en valeur la blancheur du corps avec beaucoup de subtilité.

Cette œuvre, ainsi que son pendant, ont sans doute fait partie des collections de l’empereur Rodolphe II à Prague, où Dirk de Quade van Ravesteyn a travaillé à partir de 1589.

Synthèse des influences nordique et italienne, cette œuvre illustre bien l’art maniériste, précieux et raffiné, de la cour de Prague à la fin du xvie siècle.

 

 

 

 

 

Infos pratiques

Dirk de Quade van Ravesteyn

(1565-1570 - après 1619 ?)

 

Vénus endormie

vers 1608  

Huile sur bois

H. 70 cm ; L. 146 cm

Dépôt de l’État de 1812, transfert de propriété de l’État à la Ville de Dijon, 2010

Inv. CA 134