Musée des Beaux-Arts

Le sultan du Maroc

Cette huile sur toile est une esquisse pour le tableau intitulé Moulay Abd-Er-Rahman, sultan du Maroc, sortant de son palais de Meknès, entouré de sa garde et de ses principaux officiers, conservé actuellement au musée des Augustins de Toulouse.

La version finale de ce tableau a été exposée au Salon de 1845, soit presque treize ans après que l’artiste Eugène Delacroix a été témoin de cette scène diplomatique lors de son voyage au Maroc en 1832. Il a pu peindre cette esquisse au Maroc ou à son retour en France. Au Salon, Charles Baudelaire en avait alors loué la teneur générale : « Ce tableau est si harmonieux [...]. La composition est excellente ; elle a quelque chose d’inattendu parce qu’elle est vraie et naturelle. »

 

© Musée des Beaux-Arts de Dijon/Michel Bourquin

 

L’esquisse conservée par le musée de Dijon est une première approche de la scène, connue également à travers un dessin du musée du Louvre. À gauche, le sultan de la dynastie alaouite à cheval, sortant de son palais, est entouré de sa garde, tandis qu’à droite, le drogman du Consulat de Tanger, Abraham ben Chimol, s’avance pour lui présenter le comte de Mornay. Le comte, diplomate et collectionneur français, avait été envoyé par le roi Louis-Philippe pour négocier les termes d’un arrangement avec le sultan du Maroc, en lien avec la conquête de l’Algérie par la France durant ces mêmes années.

 

Cet épisode diplomatique a finalement été abandonné dans la composition finale conservée à Toulouse, puisque les personnages du drogman et du comte de Mornay y ont été supprimés, remplacés par des serviteurs. Une hypothèse peut être avancée pour justifier ce changement de composition : la visite diplomatique s’étant soldée par un échec, l’artiste aurait décidé de retirer ces personnages pour faire de ce tableau un simple portrait du monarque arabe.

 

Dès l’esquisse cependant, on comprend que Delacroix a fait du sultan sortant de son palais la figure principale de son tableau, c’est celle à laquelle il apporte toute son attention et qu’il nimbe d’un exotisme tout particulier. L’esquisse annonce les couleurs chatoyantes de la composition finale tandis que la touche, extrêmement libre, est le reflet d’un geste ferme et assuré.

Infos pratiques

Eugène Delacroix

(Charenton-Saint-Maurice, 1798 – Paris, 1863)

Le Sultan du Maroc Moulay Abd-Er-Rahman recevant le comte de Mornay, ambassadeur de France, vers 1832

Huile sur toile

H. 31 cm ; L. 40 cm

Donation Granville, 1976

Inv. DG 86