Musée des Beaux-Arts

Saint Luc peignant la Vierge

Provenant de la chapelle des peintres en l’église des Jacobins de Dijon – aujourd’hui détruite –, ce tableau porte les armoiries de la corporation, « d’azur à une fleur de lys d’or accompagnée de trois écussons d’argent, deux en chef et un en pointe », incluses dans la verrière en arrière-plan. L’artiste a représenté de façon réaliste – chevalet, tableau et outils, assistants broyant les couleurs, dessinant ou peignant – la vie dans un atelier de peintre mais la discrète auréole de la Vierge et les ailes des anges ne laissent aucun doute sur le caractère sacré de la scène. Il s’agit en effet d’une représentation assez habituelle dans l’iconographie mariale : saint Luc, l’un des quatre évangélistes et médecin, est souvent représenté comme peintre de la Vierge. Plusieurs détails font de cette scène un véritable éloge de la pratique artistique. Les différences entre les modèles et leur portrait en cours de réalisation témoignent de la capacité du peintre à représenter la réalité, mais aussi à la modifier.

 

Dépôt de l'église de Moloy (Côte d'Or), 1961. L'oeuvre est classée au titre des monuments historiques depuis 1913 © musée des Beaux-Arts de Dijon/François Jay

 

Véritable concentré des sujets alors en vogue, ce tableau est tout à la fois une peinture religieuse et un portrait – saint Luc est un autoportrait du peintre –, mais il évoque également le paysage avec le tableau peint dans l’atelier. La composition introduit aussi, subtilement, le genre de la nature morte grâce à l’aisance du peintre à représenter les différents objets sur l’étagère ou derrière la servante. L’œuvre n’est pas dénuée de symbolisme : la figure de saint Luc est évoquée par les livres et le flacon posés sur l’étagère, illustrant la double activité d’écrivain et de médecin du saint, mais également par la présence de l’animal symbolique qui lui est attaché, le bœuf, sur la verrière du fond. Le perroquet tenu par l’ange au centre symbolise l’éloquence de l’évangéliste. Au cou de Jésus, un collier de corail rappelle la croyance dans les vertus prophylactiques de ce matériau. Le citron qu’un ange tend à Jésus représente le fruit de la connaissance et fait allusion à la chute de l’Homme.

La formation nordique du peintre, natif de Leyde, se perçoit aisément dans ce tableau : sa propension à décrire fidèlement les objets et sa maîtrise à représenter le visage des personnages jusqu’à en faire de véritables portraits témoignent de son attachement aux références flamandes. Il n’ignore pas pour autant la peinture italienne, et le geste de la Vierge tenant le pied de Jésus évoque les œuvres de Raphaël.

 

 

Infos pratiques

Nicolas de Hoey

(Leyde, vers 1540 - Paris, 1611)

Saint Luc peignant la Vierge

1603

Huile sur bois transposée sur toile

H. 129 cm ; L. 174 cm

Inv. D 1962-1-P