Musée des Beaux-Arts

Portrait de femme

 

Saisissant de réalisme, ce portrait de femme compte parmi les premiers tableaux du Vénitien Lorenzo Lotto. L’identité de cette femme reste inconnue, même si de récentes recherches ont pu montrer une analogie avec un portrait de Lotto représentant Bernardo de Rossi, évêque de Trévise et premier mécène de l’artiste (conservé à Naples), et suggérer l’hypothèse qu’il s’agit de la sœur de l’évêque, Giovanna Battista Malapina. Ces découvertes ont également démontré que ces deux portraits étaient protégés par des panneaux à sujets allégoriques, tous deux conservés à Washington : celui de l’évêque porte les armoiries de la famille de Rossi et montre une allégorie du Vice et de la Vertu. Son pendant, qui cachait notre portrait de femme, représente une allégorie de la Chasteté. Il était en effet habituel, à la Renaissance, de peindre au revers des portraits des allégories visant à évoquer à la fois la personnalité du modèle et un idéal humaniste.

 

© musée des Beaux-Arts de Dijon/Hugo Martens

 

Lotto peint ici un portrait empreint de sobriété : placé en buste devant un rideau vert, le modèle porte des vêtements austères, sans parure ni bijoux, le regard comme perdu dans le vide et les lèvres serrées. Si la composition, très simple, tranche sur celle des autres portraits de Lotto, connu pour ses portraits dits à accessoires en ce début du xvie siècle, elle est bien étudiée, et la présence du rideau vert à l’arrière-plan met en valeur le visage. Réputé pour être un bon coloriste, Lotto utilise une palette réduite mais très nuancée, et propose ici un portrait très réaliste, dans le traitement de l’expression comme dans le rendu des textiles. L’influence nordique est manifeste dans la composition de ce portrait, anciennement attribué au peintre allemand Holbein. Il témoigne de l’importance des références germaniques à Venise depuis la fin du xve siècle. Albrecht Dürer a ainsi effectué deux voyages à Venise (vers 1495 et en 1505) et les inventaires montrent que les collections privées regorgeaient de peintures flamandes et germaniques.

La densité et la sobriété des coloris, ainsi que la gravité du visage et son modelé délicat, font de cette œuvre une pièce majeure des collections italiennes du musée.

 

 

 

Infos pratiques

Lorenzo Lotto

(Venise, vers 1480 - Lorette, 1556)

Portrait de femme

Vers 1505

Huile sur bois

H. 36 cm ; L. 26 cm

Legs Anthelme et Edma Trimolet, 1878

Inv. CA T 52