Musée des Beaux-Arts

La Japonaise au bain, 1864

Après ses études à l’École des beaux-arts de Paris, James Tissot se spécialise dans les portraits de femmes aux toilettes raffinées, à la mode du Second Empire, qui lui inspirent des tableaux mondains. Fils de drapier et de modiste, l’artiste a en effet toujours été fasciné par la mode. Après la guerre de 1870, il s’installe à Londres pour y poursuivre sa carrière, et il prend le pseudonyme de James. 

 

Il est l’un des premiers artistes à s’intéresser à l’art japonais et à le collectionner, dès le début des années 1860. L’ouverture du Japon à l’Europe à partir de 1854 provoque une déferlante d’inspirations asiatiques dans tous les arts : les expositions universelles de 1862 à 1899 y jouent un rôle déterminant. Malgré l’engouement de l’époque, et quoiqu’il constitue lui-même une collection d’art – il fréquente assidûment la boutique spécialisée de Mme Desoye à Paris, rue de Rivoli –, James Tissot n’est jamais allé au Japon. C’est donc un Extrême-Orient rêvé et fantasmé qu’il représente dans ses toiles.

 

© Musée des Beaux-Arts de Dijon/François Jay

 

En 1864, lorsqu’il exécute La Japonaise au bain, il est déjà un peintre à la mode. Dans cette peinture, l’association des objets orientaux avec le thème et le style académiques du tableau reste relativement artificielle. En effet, le kimono est utilisé comme un peignoir de bain européen, peu conforme au code vestimentaire japonais. Il dévoile le corps plantureux d’un modèle très français dont Tissot s’est contenté de brider les yeux. Plus grande que nature et jetant un regard aguicheur qui fixe le spectateur, la jeune femme est supposée incarner une geisha, ces dames de compagnie japonaises maîtrisant les arts de la musique, de la danse et du théâtre. Tissot trahit ici les mœurs de la société japonaise en assimilant la geisha à une prostituée, travestissant une réalité bien plus complexe.

 

C’est paradoxalement dans la juxtaposition des références asiatiques (le kimono, la coiffe, la glycine, les panneaux quadrillés, la pagode au loin) que Tissot révèle son audace et sa modernité en construisant un espace complexe foisonnant.

Infos pratiques

James Tissot
(Nantes, 1836 - Bouillon, 1902)
La Japonaise au bain, 1864
Huile sur toile
H. 208 cm ; L. 124 cm
Legs Joliet, 1923
Inv. 2831 et J 167