Musée des Beaux-Arts

Dame à sa toilette

Par son sujet, son érotisme raffiné, son élégance recherchée et son contexte décoratif, la Dame à sa toilette est l'un des chefs-d’œuvre de l'École de Fontainebleau. Saisi en 1792 chez Bénigne Legouz, l'un des plus importants collectionneurs dijonnais de la fin du XVIIIe siècle, ce tableau reste mystérieux : si les circonstances de l'arrivée de cette œuvre à Dijon ne sont pas connues, l'iconographie et la symbolique qui lui est associée sont également sources d'interrogations. Le modèle est idéalisé selon le canon stéréotypé de l'époque : un corps sans taille évoquant la maternité, une poitrine haute, des bras musclés, un visage régulier et une coiffure agrémentée de perles. A peine vêtue d'un voile transparent retenu par une collerette brodée d'or, la dame est en train de se parer, tandis que derrière elle une servante cherche des vêtements dans un coffre. Au premier plan, devant elle, sont disposés bijoux, peigne, miroir et fleurs, et un coussin sur lequel elle pose le bras. Au mépris de toute vraisemblance, son profil se reflète dans le miroir.

D'autres peintures françaises de la seconde moitié du XVIe siècle peuvent être regroupées autour de ce tableau : elles partagent avec lui la représentation d'une femme nue en buste, avec un arrière-plan où s'affaire une servante. On trouve les antécédents de la composition en Italie, où ont été peintes nombre de beautés nues ou au bain, sous les noms de Vénus, Diane ou Flore : La Vénus d'Urbino de Titien, peinte en 1538, propose cette même juxtaposition d'un corps féminin dénudé et d'une servante à l’arrière-plan. Les artistes bellifontains et leurs continuateurs jusqu'à la fin du XVIe siècle se sont inspirés de ces modèles : les nus féminins sont souvent justifiés par un prétexte mythologique, mais ils s'en passent parfois délibérément.

 

© musée des Beaux-Arts de Dijon/ Bruce AUFRERE / TiltShift

 

Si des identifications flatteuses du modèle de la Dame à la toilette de Dijon - elle passait pour être «  le portrait de la belle Gabrielle », Gabrielle d'Estrées qui fut la maîtresse d'Henri IV, ou celui de Diane de Poitiers, celle d'Henri II – sont aujourd'hui obsolètes, la charge symbolique du tableau reste indéniable et renvoie à une iconographie maritale : la bague ostensiblement désignée par le mouvement précieux de la main est un symbole d'union ; le coffre présent en arrière-plan rappelle les cassoni italiens offerts en dot ; au fond, le décor de végétaux révélé par la récente restauration de l’œuvre ornait souvent les intérieurs au moment des célébrations nuptiales.

Ces œuvres constituent une floraison excentrique et tardive de l'art de la cour, dans un climat d'échanges avec les maîtres nordiques alors nombreux en France. La persistance des intentions symboliques, voire moralisatrices, dans ces Dames à la toilette est encore un écho de l'art de Fontainebleau, où l'érotisme s'exprime le plus souvent sous le couvert de la mythologie.

Infos pratiques

Anonyme de l’École de Fontainebleau

Dame à sa toilette

Fin du XVIe siècle

Huile sur toile

H. 105 cm ; L. 76 cm

Saisie révolutionnaire, collection Legouz à Dijon, 1792

Inv. CA 118