Musée des Beaux-Arts

L'amiral Coligny en impose à ses assassins

Né à Bruges, Suvée joue un rôle de premier plan dans le développement du néoclassicisme en France dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. En 1771, il obtient le Prix de Rome, devançant David qui lui en gardera une haine tenace. Ce concours marque ainsi, pour un temps, la supériorité de Suvée sur David. Après avoir séjourné en Italie de 1772 à 1778, il rentre à Paris où il est reçu comme peintre d’histoire à l’Académie royale.

Suvée expose très régulièrement au Salon de Paris de 1779 à 1796. Excellent pédagogue, il forme notamment des artistes flamands dont il facilite la venue à Paris, participant ainsi à un véritable renouveau pictural par l’introduction du goût français dans son pays d’origine. Il est nommé directeur de l’Académie de France à Rome en 1792, poste qu’il occupe après les années de tourmente révolutionnaire.

 

Transfert de l'Etat à la Ville de Dijon : Paris, Musée du Louvre (Département des peintures)
Déposé par le Musée du Louvre à Dijon en 1874. Transfert définitif de propriété à la Ville de Dijon, arrêté du ministre de la culture du 15 septembre 2010 © musée des Beaux-Arts de Dijon/Hugo Martens

 

Si son œuvre témoigne d'aspirations classicisantes, certaines de ses réalisations illustrent une orientation romantique dans le choix des sujets représentés. Avec la toile de Dijon, Suvée ne choisit pas un épisode de la peinture d'histoire antique, mais un thème emprunté à l'histoire de France : l'Amiral Gaspard de Coligny (1519-1572), protestant, fut l'une des principales victimes du massacre de la Saint-Barthélemy perpétué le 24 août 1572. Dans cette scène meurtrière des guerres de religion, l'amiral est attaqué par une bande d'assassins à son domicile, près du Louvre. Avec un grand courage, il tient ses assaillants en échec, mais l'attaque finira par lui être fatale. Dans une composition bien structurée, une diagonale séparant les protagonistes, Suvée isole la figure de Coligny face au groupe d'assaillants. Le fond d'architecture classique, traité dans des tons bruns neutres, met en valeur la richesse des coloris et la beauté des costumes fidèlement représentés. La gestuelle et l'expressivité des figures sont particulièrement bien étudiées : Coligny, la main sur le cœur, semble accepter son sort, face au groupe constitué d'hommes aux sentiments partagés entre la colère et le pardon.

Artiste aujourd’hui délaissé et méconnu, Suvée, considéré à l’époque comme l’un des principaux rivaux de Jacques-Louis David, n'en demeure pas moins l'un des plus grands représentants du néoclassicisme de la fin du XVIIIe siècle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Infos pratiques

Joseph-Benoît Suvée

(Bruges, 1743 – Rome, 1807)

L'amiral Coligny en impose à ses assassins

huile sur toile

1787

H. 324 cm  ; L. 260 cm 

Inv. CA 465